Du bon usage des fours à Shigaraki
D'abord, le plus difficile, ma grande pièce est en mille morceaux dans une poubelle de recyclage.
C'est la vie de céramiste, vous vous souvenez des deux superbes pots de Kobayasi san ? Ils ont eu le même destin. Ils étaient fendus en rond sur tout le tour.
Cette terre pour grandes pièces de Shigaraki ne vaut pas une bonne Baillet. Certes elle se monte avec une facilité déconcertante mais les problèmes de fentes sont récurrents et importants.
Maintenant le chapitre que vous attendez tous, que s'est-il passé ?
Je commencerai par la conclusion .Si on veut cuire ici, il faut s'assurer que le four vous est réservé en allant vérifier le tableau - je sais qu'il y en a un dans le petit bureau côté ateliers- et pour en être tout à fait sûr il faut payer d'avance. Ensuite libre à vous de proposer de la place dans votre four à d'autres et d'en fixer vous même le prix.
A moins que, même dans ces conditions, ce ne soit pas suffisant étant donné votre statut de "just a fucking foreigner bastard" l'expression est de Derek qui vit ici depuis six ans,et qui pourtant parle japonais. Derek me l'a confirmé, la plupart des membres du staff, et les céramiste japonais, ceux avec qui nous sommes régulièrement en contact font souvent semblant de comprendre ce que nous leur disons en anglais ou alors comprennent autre chose que ce qu'on leur a dit. Ils sont si gentils et souriant que l'on a du mal à ne pas l'oublier...De plus la hiérarchie est une notion importante, et de toute évidence nous sommes des sortes d'ovni et notre présence ici n'a pas de fondement sérieux comme je l'ai déjà expliqué.
A présent l'histoire...
Ma cuisson était prévue aujourd'hui, le jour où cette date a été fixée, comme je savais que j'avais de la place en trop dans le four, j'avais proposé à Makiko san de partager avec moi. A mon retour du Musée Miho où je suis allée hier, je lui ai demandé quand elle voulait que nous enfournions et là j'ai compris que quelque chose n'allait pas.
Beth avait eu aussi une mésaventure avec un four à la fin de son séjour, four qui finalement a été utilisé par Makiko san qui était pressée, je dois dire que je n'ai pas prêté suffisamment attention aux tenants et aux aboutissants de l'affaire qui semblait être un regrettable malentendu.
Pour en revenir à vendredi soir, Je suis allée au bureau où j'ai parlé à Matsunami san qui n'était pas encore parti. Vu la suite je ne dirai pas que ce fut ma chance !
Il me dit que non il ne sais pas qui a pu me dire que c'était mon four, j'insiste, j'explique en détail... Nous allons à l'atelier, où il engage une discussion incompréhensible pour moi avec Makiko san. Finalement il me dit que nous enfournons seuls tous les deux tout de suite parce que Makiko san veut finir le soir même pour aller passer le week-end chez elle.
Je blèmis un peu, juste nous deux ce n'est pas évident, j'ai vu comment s'est fait l'enfournement des pièces de Kasumi san..Je me dit qu'ìl s`y connait...
Nous arrivons à mettre la pièce au four non sans en arracher un morceau au passage, je répare à même la sole, c' est moi la reine de la terre papier .
Makiko san arrive, discussions qui durent. Elle veut que je ressorte ma pièce car elle n'aura pas assez de place pour les siennes.
Je defends ma position, ce four était prévu pour moi...C'est á ce moment là enfin que Matsunami san me dit le fin mot de l'affaire : Makiko san a payé le four, c'est donc son four... J'aurai beau insister, elle aura gain de cause.
Quand je dit que ce n'est pas correct elle me répond qu'elle est pressée et ajoute que je n'étais pas là cet aprés midi : vu mon assiduité à l'atelier, je manque avaler mon chapeau, heureusement je n'en avais pas, Il n'y avait rien d'autre à faire que de regarder sècher les pièces ...d'ailleurs elle non plus n'est pas là tout le temps ! Je ne dit plus rien, de toutes façon elle ne comprend pas ce que je dis et je ne comprend pas ce qu elle dit.
En ressortant ma pièce, j' essaie d´assurer un bon placement mais Matsunami san est pressé où il ne comprend pas ce que je dis et voila un autre morceau arraché. Pas grave dis-je je vais réparer...
Sur ce nous dicutons d'une nouvelle date possible ce qu'il me propose , sans me laisser d'autre choix, m'obligera à passer mes engobes à l'arrache pendant le chargement de l'anagama. Matsunami san finit quand même par me présenter des excuses, ce dont je lui sait gré parce que là, je me sentais vraiment dans la peau d'Amélie Nothomb.
Nous ramenons la pièce à l'atelier, et la remettons à sa place, c'est difficile à deux mais il a l'habitude et semble gérer la situation avec confiance.
La manœuvre est finie. Dairon vient d'arriver et je vais lui parler car je sais qu'elle a des pièces à cuire et que je vais avoir trop de place.
Soudain un grand fracas, nous nous retournons toutes les deux la pièce est par terre et Matsunami san aussi...
Que s'est-il passé ? Je crois que même lui n'en sais rien...
Bon excuses etc... Il me propose de mettre les quelques petites pièces qui me restent dans le four de Takuro san qui a un biscuit à faire avant son anagama dans lequel j'avais une place..Takuro san est d'accord , tous le monde est désolé pour moi...
Encore aujourd'hui j'ai reçu les "condoléances" des uns et des autres toute la journée, Kasumi san et Derek qui m'a été aujourd'hui d'un grand secours étant la seule personne avec qui je puisse avoir une conversation normale ou chacun comprend ce que dit l'autre malgré son accent américain et mon accent french. Nous avons pu discuter du pour et du contre de différentes solutions, de problèmes possibles dont je n'avais pas conscience et il a joué le traducteur avec l'un ou l'autre membre du staff.
C'est ainsi que j'ai ainsi appris que Takuro san est en retard, que les uns et les autres pensent qu'il risque de retarder encore sa cuisson anagama...
Je prends le temps de la réflexion et je décide de me payer le plus petit four à biscuit, tant pis s'il est à moitié vide, et de le pousser à la plus haute température possible soit 1050 degrés de façon à avoir des pièces assez solides si je décide de finalement les emporter telles quelles dans mes valises pour les cuire chez moi...
Aujourd'hui l'anagama du workshop a été vidé et je ne suis pas très satisfaite du résultat bien que je n'ai pas pu mettre des échantillons de toutes les terres que j'ai utilisées, il me semble que je dois préparer de nouvelles engobes et couvertes pour me rapprocher de ce que je cherche, sans aucune garantie de résultat bien sûr.
Je me demande si je vais mettre ses pièces dans l'anagama sachant que si je le fait de toutes façons, à la fin de la cuisson ,c'est à dire la partie la plus intéressante, je ne serais pas là et peut être même ne serais-je pas là du tout si elle est retardée.
De plus cela m'oblige à revenir ici plus tard pour les rechercher, ce qui ne me tente pas vraiment.
N'hésitez pas 'a me dire ce que vous en pensez cela pourra m'aider...
Après je suis allée faire un tour avec mon copain par les petites rues du village, cela m'a remis la tête à l'endroit. J'ai découvert un petit temple particulièrement beau avec sa grande branche de pin, dedans il y avait des gens qui bavardaient et qui riaient , j'aurais bien voulu en savoir plus !
Tout à l´heure je suis invitée à diner...


















